Deux ans après notre test du premier iPad, la question du cycle de vie de l’iPad et, plus généralement, des tablettes reste toujours ouverte.

Le marché est jeune, les usages aussi, du coup toutes les approches sont possibles.

Il y’a ceux pour qui les tablettes ne sont ni plus ni moins qu’un gros smartphone et les autres qui l’envisagent plus comme un petit ordinateur.

Du coup, la durée de vie du produit peut s’envisager sur une fourchette de 12 à 48 mois.

La keynote d’ouverture de la WWDC de la semaine dernière a néanmoins donné une indication indirecte sur la perception made in Apple du sujet:

iOS 6 ne sera pas compatible avec l’iPad de première génération, contredisant par la même occasion ce que nous avions pressenti en 2010:

D’un autre côté, l’iPad acheté maintenant sera encore parfaitement utilisable au moins pour les 4 ans à venir (comprendre: avec des mises à jour système et tout et tout).

Oui, nous étions fougueux et idéalistes à l’époque, surtout pour la 2nde partie de la phrase.

Maintenant que Scott Forstall a tué nos pronostics, intéressons-nous à ce que cela sous-entend.

//P*TAIN, DEUX ANS !

Car si Apple est à considérer comme celle qui ouvre la voie, il y’a fort à parier que les usages définis pour l’iPad deviennent la norme pour tout le marché. Et ce qui était alors un non-dit devient implicite:

L’iPad est à considérer comme obsolète au bout de deux ans.

En micro-informatique, deux ans, c’est long. En utilisation au quotidien, deux ans, c’est court.

Surtout pour une machine présentée comme l’étendard du « post-PC ».

Surtout pour une machine dont les usages sont en constante évolution.

Surtout pour une machine à 500 EUR.

A ce titre, si l’on tente un parallèle avec les Mac et PC justement, il aura fallu attendre Lion (Mac OS 10.7) pour qu’Apple commence à sortir les vénérables machines sous Core Solo et Core Duo de la liste de compatibilité matérielle.

Sachant que Lion est sorti en 2011 et que les machines Core Solo/Duo sont apparues un peu après Tiger (Mac OS 10.4) en 2006, un rapide calcul de mathématicien au CNRS nous permet de dire que côté Mac, la durée de vie d’une machine est plus ou moins de 5 ans et couvre plus ou moins 3 versions d’OS.

Côté PC, si vous êtes joueurs, rien ne vous empêche d’installer Windows 7 sur une machine de 2004, vu que de toute façon les seuls trucs qui changent sur Windows, ce sont les écrans de démarrage.

Oui, cette dernière phrase est complètement empreinte d’une mauvaise foi assez marquée.

Bref, l’iPad se trouve pile entre les smartphones (1 an) et les PC (4 ans).

//L’OBSOLESCENCE PAR LE SOFTWARE

Le problème c’est que depuis qu’elle s’est lancée sur le juteux marché de la téléphonie, Apple « aide » les anciennes générations de produits à devenir obsolètes, même s’ils étaient présentés comme des machines à la pointe sur un plan strictement technique.

Pour cela, la firme californienne utilise ce qu’au JDM nous avons baptisé les « fonctionnalités discriminantes ». Le but étant de pousser un nouveau produit par le biais d’une fonctionnalité trouvable uniquement sur le-dit produit.

Siri illustre parfaitement cela en étant utilisable que sur iPhone 4S, même si techniquement l’iPhone 4 envoie encore de la bûchette et est tout à fait capable de le faire tourner (même si Apple affirme le contraire).

Chaque release d’iOS pousse ainsi de nouvelles fonctionnalités rendant tout ou partie de la nouvelle version incompatible avec les modèles précédents.

L’iPhone (2007) s’est vu limité à iOS 3.x à la sortie d’iOS 4, puis l’iPhone 3G (2008) limité à iOS 4.x quand iOS 5 a été présenté.

Assez remarquablement, l’iPhone 3GS (2009) échappe à cette routine puisqu’il a été annoncé comme éligible au passage sur iOS 6, sans, toutefois, la navigation apportée par la nouvelle version de Plans. Fonctionnalité qui devrait également échapper à l’iPhone 4 (2010). Fonctionnalité discriminante oblige. :wink:

Du coup Apple s’est reportée sur un autre produit et c’est l’iPad de première génération qui trinque, alors qu’il est sorti 1 an après l’iPhone 3GS.

On se rappelle qu’à la sortie de l’iPad 2 au printemps 2011, les gestes multitouch complémentaires apportés par iOS 5 avaient été annoncés comme incompatibles avec la génération précédente.

Une levée de boucliers plus tard, Apple avait fait machine arrière en les rendant utilisables sur le premier iPad.

Il reste donc un espoir que la donne change d’ici la sortie d’iOS 6 prévue pour cet automne.

//L’IPAD L’A DANS L’(i)OS

Cette marche forcée vers les dernières versions des produits est une déclinaison à peine plus honnête de la fameuse « obsolescence programmée » adoptée par la plupart des fabricants de produits électroniques.

La seule différence, c’est que quand les grands noms de l’électronique grand public font croire à leurs clients que c’est parce que la machine est tombée en panne qu’il faut la remplacer, Apple les regarde droit dans les yeux et leur dit simplement que même si le produit acheté fonctionne parfaitement, même si l’OS conserve la même architecture, il ne sera pas compatible pour autant.

Les plus pragmatiques diront que 2 ans de support c’est bien et que ne pas migrer sur iOS 6 ne rendra pas l’iPad inutilisable.

C’est vrai. En partie.

Car vous et moi savons que ce qui fait la force d’iOS, c’est son App Store.

Et ce qui fait de l’App Store le rouleau compresseur qu’il est aujourd’hui, ce sont les développeurs.

Et ces gens là, bien qu’aimant leur prochain, doivent quand même vivre. En vertu de quoi ils risquent assez rapidement de cesser de porter leurs applications sur une machine désavouée publiquement par son constructeur.

Idem du côté des accessoires.

Bien qu’importante, la base installée d’utilisateurs sera en proportion toujours inférieure à celle des nouveaux clients toujours plus nombreux à chaque nouvelle génération de produits.

En clair, en annonçant la non-compatibilité de l’iPad avec iOS 6, Apple a lancé le compte à rebours avant sa mise au rebut définitive.

Les apps compatibles vont se faire de plus en plus rares surtout que dans le même temps se profilent à l’horizon les successeurs des actuels iPad de 3e génération et iPhone 4S.

Cette course en avant est nécessaire pour qu’Apple continue la course en tête mais la contrepartie c’est que le grand public se perde en chemin. Ou décide que finalement ce marché des tablettes et aussi incompréhensible/bordélique que celui de la téléphonie mobile. C’est un peu l’un des défauts d’Android et ça serait dommage qu’Apple sacrifie son homogénéité sur l’autel du chiffre d’affaires.

Surtout quand, naïvement, clients et observateurs ont transposé aux iDevices ce qui fai(sai)t la force du Macintosh: des machines robustes, très bien finies et avec un cycle de vie bien supérieur à leurs équivalents tournant sous Windows. Sans parler de la valeur appréciable à la revente, même pour une machine âgée de plus de 2 ans.

A l’ère du Post-PC, tout cet héritage risque fort de passer par la fenêtre et c’est bien dommage.